A table ! / PODCAST L'écho des berceaux #4

A table ! / PODCAST L'écho des berceaux #4
@Bubble / ÏDKIDS

Dans cet épisode, nous entendrons tinter les fourchettes ! Voilà que votre bébé est désormais attablé comme un grand. La sociabilité se joue-t-elle à l’heure du repas ? Quel parent sommes-nous dans la cuisine et devant notre assiette ?
Pour en parler avec nous, Aurélie Callet, Psychologue clinicienne et coach parentale, auteur des livres "Je ne veux pas" et "Je ne dors pas" aux éditions De Boeck supérieur et co-créatrice avec Clémence Prompsy du cabinet Kidz et Family.





ON S'ÉQUIPE

Par ici, les chaises hautes ! Par ici, les bavoirs et les tabliers ! Pour concocter de bons petits
plats à Bébé !
Par ici, la vaisselle colorée
et ergonomique !



LE CONCEPT DU PODCAST L'ÉCHO DES BERCEAUX

On ne naît pas parents, on le devient en accompagnant pas à pas nos enfants. Nous découvrons alors en nous des richesses parfois insoupçonnées : patience, humour, enthousiasme…mais aussi des faiblesses ou des émotions contradictoires, des craintes à fleurs de peau et la peur de mal faire… bien des choses à dompter pour avancer. Vos bébés commencent à marcher, à parler, à manger comme des grands...et à chacune de ces étapes vous voilà plus ou moins bouleversés, chamboulés, remis en questions dans vos certitudes éducatives ? Ce podcast est fait pour vous ! Il vous invite à identifier ces grandes étapes de vie qui font de vous des parents et à comprendre que vous n’êtes pas les seuls, ni les premiers à les vivre. Que l’expérience des autres peut vous aider et qu’il est primordial de choisir VOTRE chemin de parentalité, celui qui, en conscience vous permettra de vous épanouir et de renforcer votre infini potentiel de parent…
Ce nouveau podcast signé Bubble est soutenu par Oxybul Éveil et Jeux, la marque qui accompagne les talents de chaque enfant ! (et ceux de leurs parents… !)




LE TEXTE DE L'INTERVIEW

Kim Abramowicz : Dans cet épisode, nous entendrons tinter les fourchettes ! Voilà que votre bébé est désormais attablé comme un grand. La sociabilité se joue-t-elle à l'heure du repas ? Quels parents sommes-nous dans la cuisine et devant nos assiettes ? Pour en parler avec nous, Aurélie Callet, psychologue clinicienne et coach parental, auteure des livres Je ne veux pas et Je ne dors pas aux éditions De Boeck Supérieur, co-créatrice, avec sa complice Clémence Prompsy, du cabinet Kidz et Family. Bonjour Aurélie !

Aurélie Callet : Bonjour Kim !

K. A. : Aurélie, nous parlons aujourd'hui des repas de Bébé. Je dis « repas », je ne dis pas « alimentation », parce que ce qui va nous intéresser, dans cet épisode, c'est bien tout ce qui se joue dans la relation à soi et aux autres au moment du repas. Je crois en effet qu'on peut commencer par dire que ce qu'il se passe autour d'une table familiale, c'est bien plus qu'un acte purement alimentaire, non ?

A. C. : Oui, bien sûr. C'est le moment où on peut un petit peu tous se retrouver, se poser. En général, pour les parents qui travaillent, qui rentrent un petit peu tard, on a un peu enchaîné et on s'est dépêché pour le bain, mettre les pyjamas, faire les devoirs des plus grands. Et voilà, quand on passe à table, c'est le moment où tout le monde peut un petit peu se poser pour se retrouver.

K. A. : C'est le temps des histoires, c'est le temps où on se raconte sa journée, ses états d'âme. 

Est-ce que c'est un moment propice pour tisser des liens ?

A. C. : Oui, ça peut être un moment propice pour tisser des liens, pour se raconter sa journée. En général, quand c'est des choses un petit peu plus intimes, plus difficiles ou un petit peu sous la forme de la confidence, les enfants vont plutôt le faire au moment du coucher, quand ils sont en situation duelle avec un de leurs deux parents. Mais c'est vrai que les moments des repas, ça permet que chacun puisse échanger ; même si c'est de manière un petit peu plus factuelle, raconter sa journée. Et surtout, ça apprend le vivre-ensemble, s'écouter, parler chacun son tour, respecter la parole de l'autre. Ça apprend tout ça.

K. A. : Ça peut être un moment de tension, ça, apprendre à s'écouter – ce n'est pas toujours facile quand il y a plusieurs enfants –, apprendre à bien se tenir, à ne pas dégoûter ou énerver les autres. On pense à ces enfants qui ne supportent pas les bruits de bouche, ou aux enfants qui dégoûtent les parents, ça arrive, ça aussi. Ça peut être aussi des moments de tension, le repas ?

A. C. : Oui, ça peut être un moment formidable d'échange comme, pour certains parents qui vont vous dire que le repas, c'est un petit peu l'enfer parce que les enfants n'arrêtent pas de se disputer, ils se coupent la parole, personne ne s’écoute, ça sort de table, ça revient. Voilà ! Donc quand c'est comme ça, petit conseil de famille : on met les règles de la maison, les règles de la bonne conduite à tenir à table, qu’on adapte en fonction pour les plus petits, pour les plus grands. Mais respecter la parole de l'autre, on ne se coupe pas la parole, ça peut déjà être un bon objectif.

K. A. : Les parents vont montrer sans le savoir, sans le vouloir, le bon geste pour couper la viande, le bon geste pour porter à sa bouche sans se salir. C'est un super moment, en fait, le repas, pour donner l'exemple !

A. C. : Oui, globalement, de toutes les façons, dans toutes les choses du quotidien, on est toujours un exemple pour nos enfants, que ce soit la politesse – les enfants qui ne veulent pas dire bonjour, si nous on insiste lourdement à chaque fois qu'on arrive quelque part, « Bonjour madame », à force, ils entendent. Donc évidemment, la conduite à table en fait aussi partie, parce que les enfants sont dans l'observation et l'imitation. Maintenant, malheureusement pour certains enfants, et la majorité, de donner le bon exemple ne suffit pas et n'empêche pas de dire à ses enfants « Attention à ton coude », « Essuie-toi la bouche », « Ne parle pas la bouche pleine »… Voilà, ça, c'est des choses qu'on va devoir répéter quand même pendant quelques mois, voire quelques années.

K. A. : Quand on dit qu'il faut insister, et parfois lourdement, est-ce que ça veut dire que les parents doivent instaurer comme un petit rituel de « Je t’écoute, tu m'écoutes, on laisse la place à la parole de l'autre » ? Est-ce que c'est bien de ritualiser ce moment ?

A. C. : Oui, en fait, après, c'est si jamais c'est compliqué, il faut essayer de trouver des solutions. Si jamais c'est fluide, quelle que soit la manière dont se passent les repas chez vous et que vous trouvez que c'est une ambiance sympa et qui est bonne, on s'en fiche. Il n'y a pas de bonne ou de mauvaise méthode. Ce qui va convenir, c'est ce qui va bien chez vous. Donc si ça fonctionne, peu importe quoi, on ne change rien. Après, c'est vrai que si jamais c'est compliqué, il y a des parents qui finissent par se dire « Je ne dîne plus avec les enfants parce que c'est l'enfer ». Donc ça, c'est vrai que c'est un petit peu dommage. Et après, si jamais c'est pendant une période où les enfants sont petits et que finalement, c'est plus une source de stress, mieux vaut être complètement dispo, ne pas prendre le repas avec eux et se poser avec son conjoint quand les enfants sont couchés. Il y a plein de choses qu'on peut adapter pour que ça se passe mieux.

K. A. : C'est d'autant plus dommage que c'est vraiment un moment, puisqu'on parle de nos étapes de parentalité, où on peut exercer cette manière d'être parent comme on le souhaite. On va passer plein de choses, à l'heure du repas. On va passer non seulement les bons gestes et les gestes de sécurité, la façon dont on veut que l'on s'écoute dans la famille, on va aussi passer sa culture, son ouverture au monde, ses convictions, ne serait-ce que par ce qu'on donne à manger, non ?

A. C. : Oui, bien sûr. Et puis c'est vrai qu'il y a des parents pour qui d'apprécier, goûter, d'apprécier la bonne nourriture, pour qui c'est extrêmement important. Et donc, pour ces parents-là, ça va vraiment être une priorité éducative pour eux, d'avoir des enfants qui développent leur goût, qui ne soient pas trop restrictifs. D'autres parents, qui ont plutôt l'habitude de dîner un peu sur le pouce, à se faire des pâtes, une salade et deux tomates, à qui ça suffit, c'est pour ces parents-là, ou même ceux qui n'ont pas le temps de cuisiner. Parce que l'idée, ce n'est pas de culpabiliser les parents qui ne peuvent pas préparer des super repas bio tous les soirs. Ce qui compte, c'est d'essayer effectivement de proposer des choses différentes aux enfants pour développer leur goût.

K. A. : Le repas, c'est aussi un élément important de la structuration de la journée, pour l'enfant. Il apprend vite qu'après le petit déjeuner, on part à la crèche ; qu‘avant le repas, on lave ses mains ; qu'après le déjeuner, on va faire la sieste, etc. Est-ce que c'est aussi une structure de cadre pour le parent ? Est-ce qu'on doit voir les quatre repas comme des piliers qui nous apprennent à mettre en place des routines structurantes et aidantes pour nos enfants ?

A. C. : Oui, c'est vrai que le moment des repas va vraiment fixer un petit peu les différents rituels dans le temps. Il faut juste faire attention à ne pas trop tomber… Mais comme toutes les choses ritualisées, quand on est dans un emploi du temps de semaine où les enfants doivent partir à la crèche ou à l'école, et que nous, on doit aller travailler, qu'on est toujours un petit peu pressé, c'est vrai que ça peut arriver que les moments des repas puissent être un peu écourtés en disant : « Dépêche-toi, dépêche toi ! Bon, si t'as pas fini, tu prendras pas ton dessert. On n'a pas le temps. » Vous voyez, si jamais le moment du repas ne tourne qu’à « Il faut te dépêcher, finis ton assiette », si jamais ça tourne à ça, c'est vrai que c'est un petit peu dommage. Auquel cas, si vous voyez que c'est toujours un petit peu juste, en timing, ne pas hésiter à faire dîner les enfants plutôt tôt. Parfois, les parents lancent le dîner à 19 h 30, 20 heures. Très souvent, les enfants sont fatigués, et donc ils sont plus irritables, ou ils n’ont pas faim, et là, c'est à ce moment-là que tout peut un petit peu s'enrayer. Donc ne pas hésiter à faire avancer les repas. D’ailleurs, on voit bien, dans les crèches, les enfants, ils déjeunent à 11 h 20, 11 h 30. C'est extrêmement tôt, donc c'est des enfants qu'on peut très bien, si on est rentrés à la maison, faire dîner à 18 h 30, 18 h 45.

K. A. : C'est ça. En fait, il faut faire preuve de souplesse, s'adapter à sa vie de famille, aux besoins de ses enfants. Être souple, en fait ?

A. C. : Oui, et puis surtout, moi, ce que je rencontre souvent au cabinet, c'est des parents qui travaillent pas mal, qui rentrent tard et pour qui c'est extrêmement important de partager ces moments du repas avec leurs enfants. Mais par contre, comme ils rentrent tard, en fait, c'est déjà trop avancé dans la soirée pour leurs enfants, donc c'est ce que je disais tout à l'heure : ils sont fatigués, énervés, et donc le repas n'est pas forcément un moment hyper sympa. C'est pour ça que si jamais, pour ces parents-là qui ont une nounou qui est à la maison, ne pas hésiter à lui faire faire le bain, le repas, et quand vous, vous arrivez, vous ne faites plus que le qualitatif – les câlins, les histoires, le jeu. Et on se rattrape le week-end et le mercredi soir, ou le mardi soir quand ils peuvent se lever un peu plus tard.

K. A. : Encore une fois, maître mot dans ce podcast, parce que c'est revenu plusieurs fois, « se faciliter la vie » ! Être un peu sympa avec soi, se ménager des moments les plus chouettes possibles avec ses enfants, dès que c'est possible.

A. C. :  Exactement ! Et puis ne pas se mettre des obligations, juste parce qu'on vous dit que c'est bien de dîner avec ses enfants tous les soirs. Si c'est trop compliqué avec votre orga, si jamais ça ne se passe pas bien, faites plutôt ça le week-end, quand vous avez plus de temps. Vous ne serez pas un mauvais parent parce que ce n'est pas vous qui faites dîner vos enfants les quatre jours d'école par semaine.

K. A. : Venons-en, Aurélie, si vous le voulez bien, à la santé. Précision : on ne va pas parler aujourd'hui de l'équilibre alimentaire ou de la diversification. Pour ça, encore une fois, on vous invite à voir avec votre médecin, notamment, parce que c'est quand même le mieux indiqué. Aurélie, en quoi le repas est aussi l'occasion pour nous, parents, de cultiver un rapport positif à la nourriture et à son corps, et donc de transmettre ça à nos enfants ?

A. C. : Oui, je pense que ce qu'il y a finalement de plus difficile pour les enfants, c'est de leur dire que parfois, ce qui est très bon dans la bouche n'est pas toujours très bon pour le corps – notamment pour les glaces, les sucreries, un peu tout ce qui est junk food et tout ça –, de leur dire que parfois, il y a des choses qu’ils vont moins aimer en bouche, mais qui vont faire du bien à leur corps, et que c'est important de prendre soin de son corps, d'expliquer. Maintenant, il y a plein de livres, je veux dire, il y a plein de choses qui peuvent expliquer les bienfaits des fruits et des légumes. On peut rendre ça un petit peu rigolo, mais c'est vrai que c'est important de leur apprendre les bienfaits pour leur corps, parce que leur corps, ils vont cohabiter dedans toute leur vie donc il faut en prendre soin.

K. A. : En fait, c'est aussi l'occasion d'enseigner à ses enfants à mieux se connaître soi, à apprendre ses limites – « Est-ce que tu as encore faim ? », « Est-ce que tu veux vraiment ? » Est-ce que c'est naturel, ça, chez l'enfant, chez le bébé notamment, puisqu'on parle surtout des bébés ? Est-ce que c'est naturel de ne pas trop manger, de manger juste à sa faim ?

A. C. : Oui, très souvent, c'est vrai que – et ça, c'est valable dès les tout premiers mois – il y a beaucoup de parents qui vont un peu être, notamment quand c'est le premier, qui vont être un peu stressés en disant « On me dit qu'à tel âge, c'est 90 ml de lait et une compote et/ou un yaourt », ils ont un petit peu une liste, comme ça, qui est établie, qui est un petit peu… Moi, je trouve que les parents doivent sortir de ces listes-là, faire hyper confiance à leur bébé. Eux savent parfaitement de combien ils ont besoin par rapport à leur croissance du jour et de la semaine.Les bébés boulimiques ou anorexiques, ça reste des troubles assez rares et vraiment très spécifiques, donc faire confiance à son bébé. Moi je sais qu'en tout cas, pour le biberon, mon pédiatre m'avait dit à l'époque, et je trouvais que c'était un super conseil : « Un bon biberon, c'est un biberon qui n'est pas terminé. » Voilà. Donc on ne se stresse pas avec ce truc de « finir l'assiette ». D'autant que très souvent – là, je parle pour les un tout petit peu plus grands – on a tendance à servir trop nos enfants et donc, pour les petits mangeurs, visuellement, d'avoir une assiette qui est extrêmement remplie, c'est très décourageant pour eux. Donc il vaut mieux mettre plutôt une grande assiette, petite quantité, et que les enfants apprennent à se resservir.

K. A. :  Ou à se servir eux-mêmes, d'ailleurs, dès le départ ?

A. C. : Ah mais ça, c'est top. Alors c'est vrai que parfois, dans ce truc de se servir eux-mêmes, quand il y a des frères et sœurs et qu'il y a un petit peu de rivalité dans la fratrie, il y en a qui vont un petit peu commencer à regarder, « Il a pris quatre frites de plus que moi ». Donc il ne faut pas que ça tourne au comptage entre frères et sœurs. Mais sinon, bien sûr, s’ils sont capables de servir eux-mêmes… Et après, de leur expliquer : « Regarde, hier, tu t'es beaucoup servi, tu n'as pas terminé. Est-ce que tu ne crois pas que ce soir, on en met un peu moins et on se ressert ? » On leur apprend aussi ça, bien sûr. 

K. A. : C'est un moyen, pour le parent, de se recadrer soi-même ? C'est-à-dire que nous, adultes, on a peut être perdu l'habitude : soit on mange beaucoup, soit on ne s'écoute pas trop et on ne mange pas assez. Est-ce que manger avec ses enfants nous permet à nous de recadrer nos besoins ?

A. C. : Oui, pour certains parents, ça va permettre de recadrer leurs besoins. Pour d'autres – ça va être ceux qui, avant d'avoir des enfants, mangeaient un petit peu n'importe quoi, n'importe comment –, ils vont se dire : « Là, il faut que je montre quand même un petit peu le bon exemple, donc je vais un petit peu me forcer. Même si ça, j'aime pas trop, je vais en prendre quand même. » Parce que c’est vrai que c'est compliqué de servir à ses enfants des légumes, des choses un peu équilibrées, si vous, vous vous êtes fait trois gâteaux apéritifs et que vous dites « Je ne dîne pas ». Ils ne vont pas trop comprendre.

K. A. : Oui. Et puis c'est aussi le moment où on observe, j'imagine, des changements d'habitudes alimentaires. Donc vous l'avez dit, des parents qui, jeunes adultes, peut-être ne prenaient pas trop soin de leur alimentation. Et en fait, on voit beaucoup de parents qui commencent à s'intéresser à la qualité nutritive des aliments, même à se plonger dans des notions d'agriculture ou de production quand il s'agit de nourrir leurs enfants.

A. C. : Oui, c'est vrai que pour beaucoup de parents aujourd'hui, ne pas mettre n'importe quoi dans l'assiette de leur enfant est vraiment important. Ils vont regarder ce qu'il y a sur les étiquettes, les provenances, etc. Oui, aujourd'hui, les parents font quand même de plus en plus attention. Et une fois de plus, ceux qui ne sont pas là-dedans et qui n'y arrivent pas, pas de stress et pas de culpabilité. On fait comme on peut, et ils auront bien le temps, quand ils seront sortis de la toute petite enfance, pour faire un petit peu les choses différemment. 

K. A. : C'est ça : on fait comme on peut et on fait dans le temps que l'on peut. C’est-à-dire que rien n'est jamais… On le dit tout le temps aussi, mais rien n'est irréversible, et on évolue avec nos enfants et avec notre façon d'être parent. Comment on fait pour ne pas transmettre certaines angoisses liées à la nourriture – la peur de grossir, la peur d'être malade – des choses dont on ne voudrait pas, finalement, qu'elles préoccupent nos enfants ? 

A. C. : Nos angoisses de parents, qui peuvent se projeter sur la nourriture, et tout ce que ça engendre – ce dont vous parlez : le poids, les maladies, etc. –, c'est valable pour la nourriture, mais c'est valable pour, finalement, toutes les choses que vont traverser vos enfants, quand vous-même, vous avez eu des souffrances, des mauvais souvenirs. Donc c'est vrai que l'idéal serait de ne pas essayer de réparer ses propres angoisses, parce qu’en fait, en général, c'est peu efficace, mais vraiment de distinguer vos enfants de vous : ce n'est pas parce que vous, vous avez eu un rapport hyper difficile à la nourriture que vos enfants seront pareils. Ils vont faire en fonction de ce que vous leur proposez. Et l'idée, c'est vraiment d'être le plus détendu possible sur le sujet, que les enfants sentent qu'il n'y a pas de pression et pas d'enjeu.

K. A. : Côté couple parental, comment on aborde toutes ces questions ? On n'est pas toujours conscient de toutes ces questions dont on vient de parler quand on commence à mixer des aliments pour son bébé. Pourtant, elles sont importantes. De savoir ensemble ce qu'on veut donner, ce qu'on ne veut surtout pas donner, est-ce qu'on a des idées liées à la nourriture… C'est important de prendre un temps entre parents pour discuter de tout ça, non ?

A. C. : Oui, parce que c'est vrai que, aussi bien l'alimentation dont on parle aujourd'hui, mais pour des tonnes de sujets, quand on est un jeune couple qui s'aime et qu'on se dit « Trop bien, on va devenir parents », en fait, il y a plein de questions qu'on ne se pose pas. « Et toi, comment tu vois le sommeil ? Est-ce que t'es pour le cododo ? » Parfois, on sait par rapport à l'allaitement, mais c'est vrai que pour le reste, il y a plein de trucs, parfois, on découvre son conjoint. Parfois très bonne surprise, parfois un peu moins bonne. Et là, effectivement, il faut en discuter pour trouver quelque chose qui convienne à tout le monde et qui ne va pas contre les valeurs de chacun. Il faut essayer de se retrouver, à mi-chemin.

K. A. : On parle souvent dans ce podcast de ces diktats imposés aux parents, des occasions qui leur sont données de s'en libérer. Et il en existe aussi, bien évidemment, à l'heure du repas. Je pense notamment au fait de voir commencer la diversification par un très classique « carottes écrasées », sans épices, de proposer des corn flakes au petit déjeuner pour les plus grands, de proposer un goûter sucré alors que parfois, les enfants le préfèrent salé. Comment on se libère de toutes ces « recommandations », ce qu'on appelle « des recommandations », et qui sont parfois médicales, mais parfois soufflées par l'industrie alimentaire. Comment on se libère de la peur de mal nourrir son enfant ?

A. C. : C'est vrai que, comme vous dites, ce sont des « recommandations ». Donc ce n'est pas une obligation. C'est comme si des gens vous donnaient des conseils. Après, c'est à vous de faire bien comme vous voulez, et de surtout, ne pas… Il ne faut pas que ce sujet de l'alimentation devienne une prise de tête – pour vous en tant que parent, dans votre couple, dans votre rapport avec vos enfants –, parce que nous, on voit quand même beaucoup d'enfants où beaucoup de conflits se sont cristallisés autour des repas, et donc, en fait, il va se jouer d'autres choses. Donc c'est dommage. Se nourrir est quelque chose de normal, de vital, au même titre que dormir et de boire. Donc l'idée, c'est de rendre ça sympa.

K. A. : Alors on en vient à la culpabilité, on n'y échappe jamais quand on parle aux parents ! Qu'est-ce qu'on dit aux parents qui n'aiment pas cuisiner ? Qu'est-ce qu'on dit aux parents qui n'ont pas d'idées pour renouveler les repas ? Peut-être qu'on ne se met pas la barre trop haut, encore une fois ?

A. C. : Oui, bien sûr. Après, il y a des parents pour qui cuisiner, c'est leur passion, comme certains, ça va être le bricolage, la lecture. Donc ceux pour qui c'est la cuisine, pour ces parents-là, ça va être assez facile, j'ai envie de dire, parce que ça fait partie de leur quotidien, c'était déjà le cas même avant d'avoir des enfants. Pour ceux qui ont des rythmes un petit peu chargés la semaine, qui rentrent tard, qui ont l'impression que le tunnel du tsunami du 18-20 heures est hyper compliqué, et que si en plus, là-dedans, vous leur demandez – bon, après, moi, je suis nulle en cuisine, mais bon, bref ! – de cuisiner des choses vapeur, des choses qui vont prendre beaucoup de temps, en fait, ils sont déjà en train de se décourager, en se disant « Mais vraiment, je suis un mauvais parent, je n'y arrive pas ». Donc après, ne pas hésiter pour ceux qui n'ont pas d'imagination, il y a pas mal de livres de cuisine. Et pour ceux qui n'ont aucune idée, vous allez tout simplement sur Internet et vous tapez « menu école primaire » ou « menu crèche ». Il y a quasiment…

K. A. : Ça, c’est malin !

A. C. : Il y a plein d'établissements qui mettent leur menu de la semaine. En fait, le nerf de la guerre, c'est quand même, quand on est des jeunes parents, c'est l'organisation et l'anticipation. Donc si jamais vous tapez, même juste sur votre moteur de recherche, « menu crèche enfant 18 mois », vous allez avoir plein de menus. Vous imprimez ça. Ça vous fait, en général… 

K. A. : On a déjà les idées. 

A. C. : Voilà ! Ça vous dit, comme ça, « Lundi : carottes, poisson », et quand vous faites vos courses le samedi, vous avez imprimé votre feuille, vous le mettez sur votre frigo, et ça vous évite de vous prendre la tête sur : « Qu’est-ce que je leur fais à dîner ce soir ? » Vous avez fait les courses pour, et donc c'est déjà un gain de temps et un stress en moins, et a priori, ce sera quand même équilibré vu que ça sort de structures de la petite enfance.

K. A. : Et puis sinon, il y a des bons livres de cuisine, il y a des méthodes – le batch cooking, qui permet de cuisiner pour toute la semaine –, un bon robot de cuisine – parfois, ça facilite la vie. Et encore une fois, on n'a pas forcément besoin de tout ça. C’est surtout ne pas trop se mettre la pression. Et puis bon, des repas, on en a pour quelques années, donc peut-être ne pas se mettre la pression dès le départ. 

A. C. : Et surtout, ne pas hésiter à cuisiner avec vos enfants. Pour les enfants qui sont un petit peu difficiles, faites-les tripoter, faites-les rincer, faites-les couper avec un petit couteau à bout rond. Vous allez voir, c'est assez rigolo : quand les enfants ont eux-mêmes préparé le repas, en général, ils trouvent ça carrément meilleur que quand c’est Maman ou Papa.

K. A. : C'est un peu frustrant, d'ailleurs ! Aurélie, je vous propose un petit challenge pour terminer cet épisode. Est-ce que vous le relevez avant de savoir de quoi il s’agit ? 

A. C. : Allez, c’est parti !

K. A. : Ah, quel courage ! Alors, petit challenge : vous répondez hyper rapidement à ces petites questions très courantes que tous les parents se posent. Est-ce qu'on peut jouer avec la nourriture ?

A. C. : On peut jouer avec la nourriture, petit, et on doit même le faire. Par contre, on est moins censé le faire à 7 ans.

K. A. : C'est quoi « bien se tenir à table » ?

A. C. : Ça, c'est selon les parents. On n'a pas du tout tous les mêmes valeurs. Donc « bien se tenir à table », c'est selon vos critères à vous.

K. A. : Est-ce qu'on doit obliger un enfant à tout goûter ?

A. C. : Oui. Moi, j'aime bien l'image de dire « On fait un bisou à la cuillère ».

K. A. : Est-ce qu'on doit obliger un enfant à finir son assiette ? 

A. C. : Si jamais on l'a servi dans des quantités raisonnables – et très souvent, on sert trop nos enfants. Donc servez-leur un tout petit peu, et là, vous pouvez leur demander de finir.

K. A. : Dernière question : est-ce qu'on peut manger devant la télé ?

A. C. : Ça, j'ai envie de vous dire, si c'est O.K. dans vos valeurs éducatives, ce n'est pas moi qui vais vous dire de ne pas le faire. En revanche, il faut juste faire attention… Alors là, je vais faire un petit peu plus plus long, désolée par rapport au challenge ! Mais c'est vrai que des enfants qui sont difficiles avec la nourriture, mais ça, j'en vois plein au cabinet, se rendre compte que quand on les met devant un écran  – ça, c'est valable pour les plus petits –, quand on les met devant la télé ou sur une tablette,  comme ils ne regardent plus leur assiette, ils ouvrent la bouche de manière un petit peu robotisée, donc ils ne font pas attention à ce qu'ils mangent, et donc là, ils vont tout finir. Maintenant, c'est des enfants. Ça, c'est un petit peu problématique parce que ça veut dire qu'après, c’est des enfants qui ne peuvent s'alimenter plus que devant un écran.

K. A. : Et puis on les coupe de la conscience de s'alimenter.

A. C. : Oui, ça devient quelque chose… 

K. A. : Bon, après, chacun voit midi à sa porte, c'est le cas de le dire ! Et c'est vrai que j'imagine que quand c'est particulièrement difficile pour un enfant de s'alimenter, et que ça devient des raisons importantes, il faut trouver les astuces qui marchent.

A. C. : Oui, et puis ça peut être hyper traumatisant pour un parent de voir son enfant qui ne s'alimente pas. C'est une vraie source de stress pour les parents, c’est vrai.

K. A. : Voilà : encore une illustration du fait que chacun trouve sa manière d'être parent. Et surtout, qu'il est bon d'y réfléchir et de se poser ces questions ensemble. Merci beaucoup, Aurélie, d'avoir été avec nous !

A. C. : Merci à vous, Kim ! 

K. A. : On termine cet épisode, comme d'habitude, avec un petit récap’ de ce que l'on a appris. Et notamment qu'à table, il se passe bien plus, évidemment, qu'un simple repas. À table, on se retrouve, on tisse des liens, on apprend à s'écouter, à bien se tenir. Et parfois, ça ne se fait pas sans tensions. Mais on peut trouver nos propres astuces pour que le moment soit convivial et heureux. On a aussi appris que le repas structure la journée, qu'il fixe les habitudes et qu'il est un temps de transmission – transmission de sa culture, de l'ouverture au monde, et aussi du respect de soi, du respect de son corps, de sa santé. Eh oui, tout ça se passe aussi dans l'assiette. Merci d'avoir suivi cet épisode de L'Écho des berceaux. À très bientôt !



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