Bannir ou accepter les jouets guerriers : quelle influence sur les enfants ?

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Bannir ou accepter les jouets guerriers : quelle influence sur les enfants ? Le jeu est un formidable outil de développement
 
Le jeu est une activité indispensable à l’équilibre et au développement de l’enfant. Dès qu’il le peut, l’enfant plonge dans un jeu, qu’il soit de plateau, vidéo ou d’imagination. Mais tous les jeux conviennent-ils à l’épanouissement d’un enfant ? Qu’en est-il des jeux dits « guerriers » ?

 

Quelle définition et quel rôle donnez-vous au jeu en général ?
Le jeu a une fonction cathartique. Il permet d’extérioriser des choses qui ont marqué ou blessé l’enfant et ainsi, évacuer toutes les angoisses et le stress qu’il a accumulé. Le jeu est aussi un formidable outil de développement et d’accès au « faire semblant », comme faire le repas avec sa dînette pour la petite fille ou faire semblant de jouer à la guerre, donc de savoir attaquer et se défendre, chez le garçon. Ce mécanisme, qu’on appelle « le jeu symbolique », est un point absolument nécessaire dans le développement psychique d’un enfant et de ses capacités sociales. C’est un moyen pour lui d’être dans l’interaction avec ses pairs et les adultes.

 

Quelle réaction avoir face à un enfant qui demande à acheter une arme en plastique pour jouer à la guerre ?
C’est à voir au cas par cas, mais d’une manière générale, il faut dédramatiser les choses. Tous les garçons du monde ont joué dans leur enfance aux cow-boys avec des pistolets, et cela n’a jamais été nocif. Le fait qu’un enfant accède à un jeu symbolique et découvre le fait de faire des clans et l’agressivité – qu’il apprend à gérer par l’intermédiaire du jeu – est quelque chose de tout à fait normal et sain paradoxalement. Qu’il réclame un pistolet ne fait pas de lui un assassin, mais au contraire, il joue à des jeux normaux en rapport avec sa classe d’âge. Et même s’il incarne le méchant, c’est une façon pour lui d’extérioriser, de développer des capacités d’empathie et la compassion en se mettant à la place de l’autre. Ce qui est un point essentiel dans le développement de sa personnalité.
L’enfant fait vraiment la différence entre le jeu et la réalité. Il faut lui faire confiance ainsi qu’en ses capacités mentales. Ce qui n’est pas toujours le cas des jeunes qui jouent à des jeux vidéo dont l’image à l’écran est d’un tel réalisme qu’il a l’impression d’être « en vrai ». Ce type de jeu joue sur des circuits cérébraux tout à fait différents.

 

Les jeux vidéo violents et guerriers sont-ils « nocifs » ?
Il ne faut pas ostraciser le jeu vidéo comme l’origine du Mal parce que ce serait trop simpliste et faux. Mais il s’agit souvent d’une consommation qui dépasse la modération. Utiliser avec parcimonie, les jeux vidéo peuvent apporter des choses tout à fait positives : un travail sur 3 dimensions, le développement de l’adresse et certains éléments de motricité fine, ainsi que des éléments de concentration… La fascination pour les images violentes est naturelle chez l’enfant. Elle active paradoxalement un instinct de survie. Ce sont des phénomènes inconscients qui s’expliquent par le fait qu’en regardant ce qui est arrivé à l’autre, l’enfant va éviter de faire la même chose pour lui-même. Mais à partir du moment où l’on rentre dans une « cyber-addiction », l’enfant est en état de manque. Il joue 11h par nuit et se déscolarise parce qu’il s’endort en classe. En souffrance, il finit par avoir besoin d’aide.

 

Finalement, faut-il bannir ou accepter les jeux guerriers ?
Les parents ont une responsabilité tout à fait claire qu’est celle de mettre des cadres et des limites à l’enfant, tant au niveau éducatif que de l’utilisation de certains jeux. Mais il est normal qu’un enfant réclame un pistolet. En interdisant formellement à un enfant ce type de jeu, on risque davantage de le perturber qu’en le laissant jouer. L’interdiction abrupte peut laisser des images à l’enfant beaucoup plus délétères que de le laisser jouer comme tout le monde. Les parents ne doivent pas s’inquiéter du moindre geste ou de la petite phrase dite par l’enfant. Ils risquent de devenir de mauvais parents s’ils commencent à jouer les psychologues de leurs propres enfants.

 

Par l’intermédiaire du jeu guerrier, l’enfant peut exprimer une certaine violence en lui, qui se transformera en points positifs. C’est ce qu’on appelle l’abréaction, c’est-à-dire faire transparaître la violence et l’agressivité sous une autre forme, plutôt qu’elle se manifeste dans la cour de récré ou contre ses parents.

  

Auteur de : Mieux vivre… avec un enfant hyperactif 

Propos recueillis par Elisa Deliège.

Par Frédéric Kochman, Pédopsychiatre

 

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