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La mère donne la vie, mais le père donne la liberté

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La mère donne la vie, mais le père donne la liberté La mère donne la vie, mais le père donne la liberté - Crédit : Fotolia
 Un homme dans l’univers très féminin de la maternité ? Benoît Le Goëdec, sage-femme, a fait de sa différence une force. Depuis 1989, il met son sens de l’écoute au service des futures mamans, mais également des jeunes papas. Tous les mois, il anime ainsi des groupes de parole où les hommes peuvent exprimer leurs doutes et leurs angoisses face à la naissance. De quoi les aider à vivre au mieux ce moment tout à la fois magique et déstabilisant.

 

Que mettent les hommes derrière le mot « paternité » ?
Benoît Le Goëdec : "Quand on leur pose la question, elle est souvent suivie d’un grand blanc... ! Néanmoins, j’ai remarqué que ces dernières années, ils se projettent de plus en plus dans l’accompagnement de l’enfant. Ils associent le terme paternité aux idées d’accomplissement de soi, d’enrichissement, de chemin personnel. Ils ont le sentiment d’entrer dans des responsabilités, de devenir adulte, de changer de filiation, c’est-à-dire de ne plus se déterminer uniquement par rapport à leurs propres parents."
 
 
 
 
 
A quoi servent les groupes de parole de pères que vous animez ?
Benoît Le Goëdec : "Ils permettent aux hommes d’être écoutés pour eux-mêmes, et non pas en tant que compagnon de leur femme. Ils acquièrent ainsi une place singulière dans la naissance. Les futurs pères se posent beaucoup de questions sur l’après-naissance : vont-ils comprendre le bébé, comment vont-ils pouvoir continuer à vivre leur vie d’homme, personnelle et intime avec leur femme ? etc. Il y a quelques semaines, l’un d’eux m’a demandé : les bébés aiment-ils toujours leur père ? Les hommes ont peur de l’exclusivité maternelle. Ils ont également de nombreuses interrogations sur le moment de l’accouchement : où se mettre, comment aider…
 "
 

Quel est votre rôle ?
Benoît Le Goëdec : "Il consiste à informer et à accompagner. Je raconte par exemple à l’avance aux futurs pères comment l’accouchement va se passer, afin qu’ils ne soient pas surpris. Je leur donne confiance en eux pour qu’ils soient libres d’exprimer ce qu’ils ressentent. Je pousse à l’ouverture émotionnelle. Je les rassure aussi sur l’après-naissance. Vous savez, on voit très peu les hommes en post-natal, il n’y a pas d’espace pour eux. Souvent, lors d’une deuxième grossesse, je rencontre des hommes qui me racontent à quel point ils ont été angoissés après la naissance du premier. Il faut que les jeunes papas sachent qu’ils peuvent nous appeler et même consulter une sage-femme individuellement, sans la mère ni le bébé."

Car les hommes aussi peuvent faire des « baby blues »…
Benoît Le Goëdec : "Oui, parce qu’une naissance bouscule tout, notamment chez les hommes qui n’ont pas pris le temps de la grossesse. Cela se traduit par des troubles de l’humeur, des difficultés à prendre le bébé, une fuite dans le travail, une forme d’errance. Les hommes sont moins expressifs que les femmes et souvent, ils pensent que le temps va les aider à dépasser cela – d’autant plus qu’ils n’ont pas véritablement le sentiment d’aller mal. Je pense qu’il faut rapidement attirer leur attention dessus et faire venir une sage-femme à domicile. L’important est qu’ils racontent ce qu’ils vivent. Parler débloque souvent la situation."

Comment la femme peut-elle aider le futur papa à vivre au mieux la grossesse ?
Benoît Le Goëdec : "En racontant ce qu’elle ressent, en parlant des consultations, des rendez-vous, etc. Mais il ne faut surtout pas le forcer à faire des choses, comme mettre sa main sur le ventre s’il n’en a pas envie. Chacun a besoin de temps pour arriver à la rencontre. Et respecter les rythmes des uns et des autres permet au père de trouver sa place naturellement. Même après la naissance, il est important que les pères trouvent leurs propres gestes sans que la jeune maman leur montre comment faire. C’est un atout qu’ils soient moins « formés », moins « éduqués », car la différence est structurante pour l’enfant : la mère est rassurante, le père est surprenant. C’est pourquoi j’aime dire aux pères : la mère donne la vie, mais vous donnez la liberté."

La prise en compte du rôle des hommes lors de l’accouchement a-t-elle évolué ?
Benoît Le Goëdec : "On accepte très bien leur présence – les professionnels de santé sont même surpris quand l’homme ne veut pas être dans la salle de travail – mais elle est mal pensée. Il faudrait que le papa soit intégré pour ce qu’il est. Or, souvent, par manque de personnel, on lui demande d’intervenir comme s’il était l’assistant de la sage-femme… Il est important que l’homme vive les choses avec sa femme. J’ai rencontré il y a peu de temps un père qui attendait son 3e enfant. Il m’a dit qu’il n’avait pas envie d’assister à l’accouchement car il ne se sentait pas à l’aise. Finalement, sa femme a refusé la péridurale et il a dû la soutenir. Il a eu une vraie place, il n’était pas dans l’attente passive. Et il en est sorti très ému. L’accouchement est corporel, féminin. Mais le temps de partage, lui, est aussi masculin. Sauf que pour bien le vivre, il faut être tranquille et accompagné."

Après la naissance, vous dites qu’il leur faut également « s’attarder » à l’enfant…
Benoît Le Goëdec : "Oui. Cela signifie qu’ils vont devoir être là, passer du temps avec le bébé pour apprendre à le connaître et créer une relation. Or, cette idée-là n’est pas encore acquise sur le plan social et les hommes que je rencontre en souffrent beaucoup. Ils ont conscience qu’ils sont très définis par leur travail et qu’entre ce qu’ils devraient faire et la réalité, il y a un monde… Je leur conseille d’affirmer qu’ils ont une autre vie à côté, que c’est la qualité du travail qui compte et non pas le temps qu’ils passent au bureau. C’est aussi en affirmant qu’il est un père que l’homme peut faire avancer la parité dans le monde de l’entreprise."

  

 
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