Comment choisir un jeu pour un enfant aveugle ?

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Comment choisir un jeu pour un enfant aveugle ? Le jeu est avant tout un plaisir.
 

Choisir un jeu pour offrir à un enfant aveugle s’avère parfois être un vrai casse-tête, surtout pour les personnes qui ne côtoient pas l’enfant au quotidien ! Christine, maman de Clément, 7 ans, vous propose une petite visite guidée au pays des jouets.

 

Tout-petits
Pas de problème à cet âge, toute la palette sensorielle est exploitée : nids d’éveil, doudous, tableaux d’activités proposent une variété de manipulation accessibles. Clément a particulièrement aimé le chariot à pousser, le tapis sonore, les insectes magnétiques.

 

Premières découvertes
Les jeux pour lesquels le visuel est prépondérant restent minoritaires, on trouve encore facilement son bonheur. Ont remporté le plus de succès chez nous : tape-boule, clips, animaux gigognes, tourner-visser, plateau de tri.

 

Imagination
Les choses se corsent. Difficile d’imiter spontanément ce que l’on ne connaît pas ! Prenons l’exemple d’une voiture : pour l’enfant aveugle, c’est le contact du siège, de la ceinture, une sensation quand elle roule, son bruit. Une voiture dans la rue, c’est un son particulier qui se déplace. Bien sûr, on aura pris soin de lui faire découvrir la voiture par le toucher, mais il l’aura connue tout petit bout par tout petit bout : quand on ne voit pas, l’objet disparaît dès qu’on en perd le contact tactile, et reconstituer mentalement le puzzle pour imaginer (autrement qu’en image) l’objet entier est un exercice difficile qui requiert un long apprentissage.

De même, le rapport entre l’objet miniature et l’objet réel n’est évident qu’à la vue : entre le souvenir des petits bouts de voiture touchés, pas plus grands que la surface d’une main d’enfant, et ce jouet qui n’a pas la même taille, le même poids, la même texture, la même température… comment trouver un point commun quand on ne voit pas ?

Il en va de même pour les déguisements, qui ne sont vecteurs de rêve que lorsqu’on les associe à leur univers. Cette association est loin d’être immédiate quand on n’a pas accès aux illustrations, aux photos, aux films, aux décors et costumes de spectacles…

Les jeux d’imitation deviennent alors un outil primordial pour aider à appréhender le réel, et partager les mêmes références que les camarades. Ils nécessitent des explications, une assimilation préalable. Alors seulement, comme pour les enfants voyants, ils deviennent un support pour rejouer et intégrer les expériences du quotidien.

 

Construction
Les jeux de construction apportent le plaisir de la manipulation, plus que celui de représenter une réalité que l’on ne connaît pas. Ils peuvent eux aussi servir de support pour représenter la réalité, à condition de guider l’enfant dans cette découverte, de construire avec lui.

Clément cherche plutôt à réaliser des figures géométriques, et utilise surtout les éléments de base. Le décalage est parfois gênant par rapport aux camarades, le faisant passer (au mieux…) pour un bébé. Autre spécificité : les gros éléments qui dépassent le champ de sa main sont plus difficiles à appréhender ; il a donc commencé, aux contraires des autres, par les petits éléments : les Lego avant les Duplo par exemple. Ses jeux préférés : les Magnets et les Lego.
 

Jeux de société
Cette fois, être aveugle peut comporter beaucoup d’atouts : faculté de se concentrer, faculté d’abstraction, de mémoire… En revanche, les jeux posent des problèmes techniques : un dé non tactile, des couleurs, un plateau de jeu, des textes… Il faut alors adapter, avec des matières, du relief, du braille. Conserver l’esthétique du jeu est essentiel. Il faut penser aux autres joueurs, voyants.

Au départ, il y aura pour le petit joueur aveugle des contraintes parfois laborieuses d’organisation, de représentation du jeu, de manipulation des éléments… mais une fois qu’il en aura pris l’habitude le jeu retrouvera toute sa fonction de plaisir ludique.

 

Loisirs créatifs
Beaucoup de jeux accessibles dans cette rubrique, on retrouve le plaisir de la manipulation, du toucher, parfois même du goût ou de l’odorat… Le problème des couleurs n’est pas toujours rédhibitoire, quand il ne constitue pas le principe même de l’activité. La sélection de Clément : Playmaïs, perles à souder, savons et senteurs.

 

Jeux éducatifs
Difficile d’en trouver qui soient utilisables sans adaptation, d’autant plus qu’il s’agit le plus souvent de jeux de lecture/écriture. C’est le moment de sortir les ciseaux, la colle, et les tablettes braille ! Clément aime beaucoup les Attrimaths, mais avec les supports pour les encastrer.

 

Planète découverte
Beaucoup de jeux d’observation inexploitables. Certains coffrets d’expérience possibles à réaliser avec de l’aide et, toujours des adaptations à prévoir. Le jeu préféré de Clément : ma France interactive, largement « customisée » (mise en relief, braille…).

 

Multimédia
Mieux vaut s’en tenir aux CD audio, ou choisir des livres documentaires qui seront lus à l’enfant (en braille, on trouve surtout des romans, mais très peu de documentaires).

 

Audio/photo
Les commandes à écrans tactiles n’ont pas encore pris le dessus : les appareils audio ont encore des touches ! Ouf !

 

Jardins et sports
Pour le plaisir de bouger et l’envie de se dépenser, d’autant plus que les déplacements de la vie quotidienne imposent une vigilance constante qui ne permet pas de libérer les mouvements et induit des postures statiques. Les accessoires préférés de Cléments : le pédalier, le trampoline.

 

Bien entendu, il s’agit de notre expérience personnelle ; chaque enfant a sa personnalité et ses goûts. Une évidence, mais que la cécité laisse parfois oublier. Par souci que l’enfant soit à tout prix comme les autres, on voudrait qu’il réponde au plus près aux normes théoriques de développement. Ou, à l’inverse, parce qu’il est aveugle, on attend de lui qu’il soit en retard. Son comportement est observé bien plus que celui d’un enfant voyant, et toute sortie de la norme peut être attribuée à tord à la cécité. Il ne faut pas oublier que le jeu est avant tout un plaisir. L’enfant qui ne voit pas ne peut pas aller naturellement vers un jeu dont il ne soupçonne pas l’existence ; il est donc indispensable de le stimuler et de lui proposer le plus large éventail possible, mais aussi de respecter ses choix.

Quant aux adaptations, elles sont parfois décriées sous prétexte qu’il faut habituer très tôt l’enfant à vivre dans un monde qui n’est pas pensé pour lui. Autre argument : autrefois, comme encore aujourd’hui dans les pays pauvres, les enfants s’amusaient avec un rien : une boîte de conserve vide, un vieux bouchon… Argument bien pratique pour se résigner sans se l’avouer. Je crois pour ma part que si le fait d’adapter spécialement un jeu peut permettre à un enfant d’être plus heureux, et de partager ce jeu avec les autres, il n’y a pas à hésiter. Le monde n’est pas fait pour les aveugles, certes, mais je trouve dangereux de formater les enfants à s’y conformer passivement. Rien n’empêche de se faciliter la vie en modifiant ce qui peut l’être : si l’enfant a vu son entourage le faire pour lui, il aura plus de chance de développer à son tour sa créativité et, devenu adulte, d’être inventif pour changer les choses.

 

Par Christine Hénault, Maman de Valentin, 14 ans, Camille, 10 ans et Clément, 7 ans

 

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