Quel prénom pour son enfant ?

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Quel prénom pour son enfant ? Un couple pioche le prénom de leur bébé dans un chapeau
Il y a l’idée de génie balayée d’un revers de main par le conjoint. Ou bien la remarque de la belle-mère qui transforme une proposition intéressante en option inenvisageable… Tous les futurs parents le savent : le choix du prénom de l’enfant à venir est un exercice périlleux qui peut donner lieu à des tergiversations et des négociations sans fin. Pourquoi la recherche du prénom est-elle aussi problématique ? Réponses avec la sociologue Joséphine Besnard.

 

Comment expliquez-vous que le choix du prénom soit devenu un tel enjeu pour les parents ?
Parce que tout le monde a de plus en plus conscience qu’il existe une mode des prénoms. Celle-ci est d’ailleurs le contraire de la mode vestimentaire : quand vous remarquez un joli vêtement sur une collègue, il arrive que vous lui demandiez où elle l’a acheté et que vous vous disiez que vous pourriez vous offrir le même.

Avec les prénoms, la stratégie est celle de l’évitement : dès qu’il y en a un qui commence à pointer le bout de son nez, il est exclu de la liste. Vous avez sans doute remarqué que beaucoup de parents gardent le secret jusqu’à la naissance… Ce n’est pas tant par peur des critiques que par crainte qu’on leur vole l’idée !

Qui plus est, le prénom est devenu notre première carte d’identité. Finie l’époque où, dans les établissements scolaires, les élèves s’appelaient entre eux par leur nom de famille. De la même manière, dans l’entreprise, le prénom a devancé le patronyme. Aujourd’hui, un directeur appellera sa secrétaire par son prénom, même s’il ne la tutoie pas…

Comment les arbitrages se font-ils ?
Dans la grande majorité des cas, les parents veulent singulariser leur enfant, mais pas à tout prix. Ils ont l’ambition d’être original sans être incongru. Et c’est là que le casse-tête commence ! 
Car le choix d’un prénom dépend de la période, du niveau social, de la région d’origine et de la mode internationale. Il y a du déterminisme dans ce processus de décision et les gens ne se rendent pas compte à quel point celui-ci est complexe et puissant. D’ailleurs, il n’est pas rare que les parents qui pensaient avoir choisi un prénom hors du commun tombent de haut à la crèche en constatant que d’autres couples ont eu la même idée qu’eux ! Certaines personnes me racontent également qu’ils ont donné tel prénom à leur enfant parce qu’il est associé à un personnage de roman, à une expérience personnelle, etc. Je veux bien les croire. Mais si la mode avait été à d’autres sonorités, c’est un autre livre qui les aurait inspirés… Les justifications rétrospectives sont démenties par les statistiques : une année x, les 10 premiers prénoms pour chaque sexe suffisent à nommer 25% des nouveau-nés. Et 10 ans plus tard, plus aucun de ces prénoms ne sera dans le top 20 !


Car les prénoms ont
, dites-vous, un « cycle de vie »…
Oui. Un prénom passe d’abord pour « excentrique », puis « précurseur », avant d’être qualifié de « conformiste », d’« hyper-conformiste » et enfin de devenir « désuet ». Une fois qu’un prénom a atteint son seuil de saturation, il tombe dans le purgatoire et ne peut en sortir que si les porteurs vivants ont disparu. Un prénom est dit « classique » lorsqu’il connaît un succès égal sur une longue période et dans toutes les classes sociales. C’est le cas de Marie (il n’y a pas d’équivalent chez les garçons).

 

En quoi le prénom est-il, comme vous l’affirmez, un « marqueur social » ?
Pendant longtemps, le schéma était celui de la diffusion verticale des goûts : un prénom était adopté par les classes les plus aisées et il se propageait dans le reste de la population jusqu’à épuisement. Ce modèle a explosé à la fin des années 1980. Depuis la loi du 8 janvier 1993, les parents sont en effet libres de prendre le prénom qu’ils veulent – sauf s'il porte clairement préjudice à l'enfant (ce texte a ainsi empêché que les jumeaux d’un passionné de voile soient prénommés Bâbord et Tribord, qu’un garçon porte le nom d’Hitler et une fille, celui d’Assedic…).

Parallèlement, nous avons assisté à une déferlante des feuilletons américains à la télévision et certains prénoms américano-celtiques (Kevin, Brian, Ethan, Evan, Nathan) sont entrés dans les mœurs.

Aujourd’hui, nous observons une dispersion sociale des goûts : le fossé entre les prénoms populaires, à consonances exotiques ou inspirés par la télévision, et celui des prénoms classiques, portés dans les milieux aisés, se creuse d’année en année.

 

Il y a pourtant des exceptions…
Oui, le prénom Inès a ainsi mené une superbe double vie : il a été très en vogue dans les quartiers chics dans les années 1990, tout en étant adopté par des parents d’origine maghrébine (il a en effet une origine arabe) en Ile-de-France et en Rhône-Alpes. Ce prénom a réconcilié les Hauts-de-Seine et la Seine-Saint-Denis. Mais c’est un cas rare.

 

Quelles sont concrètement les tendances du moment ?
La plupart des cadres se réfugient dans la tradition, vont chercher du côté des arrière-grands-parents et optent pour des prénoms comme Paul, Jules, Arthur, Félicie, Charlotte, Théodore ou Théophile.

A l’inverse, les couches moyennes ou populaires prennent la voie de l’innovation – que ce soit en termes de prénoms composés, inventés (comme Louanne, Timéo ou Matéo) ou en termes de graphie. J’ai ainsi répertorié 28 orthographes différentes pour Ryan et 26 pour Tiphaine !

 

Un prénom peut-il être handicapant ?
Porter un prénom « excentrique » peut constituer, suivant le caractère d’un enfant, une force ou une faiblesse. Par exemple, si le petit est affirmé, sûr de lui, son prénom hors du commun pourra être une distinction. Mais s’il est timide, un nom peu conventionnel peut être un catalyseur de souffrances… Mais je ne pense pas que le prénom en tant que tel façonne la personnalité de celui qui le porte.

 

Propos recueillis par Natacha Czerwinski.

 

Par Joséphine Besnard, Sociologue

 
 
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